France : Paris-Marseille pour 1,50€. Si vous êtes salarié de la SNCF, c’est possible

13 Fév
La Cour des comptes dénonce, dans un rapport rendu public ce 11 février, les voyages gratuits ou à très bas prix accordés aux employés de la SNCF et à leurs familles. Ce n’est pas la première fois que la juridiction s’en prend aux « privilèges » des cheminots. Voici un article publié en décembre 2012 qui explique pourquoi environ 800 000 personnes bénéficient de tels avantages.
Lorsque le convoi est bondé, votre billet de train vaut de l’or. Mais le prix n’est pas le même pour tous. Les salariés de la SNCF bénéficient de tarifs préférentiels qui font pâlir d’envie les autres voyageurs. Mais à entendre les cheminots, ces avantages – parfois qualifiés de « privilèges » – sont mérités. Deux salariés de la SNCF ont accepté, à condition de demeurer parfaitement anonymes, d’expliquer pourquoi et dans quelles conditions ils bénéficient de billets de train à un tarif (très) préférentiel.
Stéphane (le prénom a été changé) ne part pas souvent en voyage. Ce Parisien se rend parfois chez ses parents, dans le sud de la France. A l’occasion, il emmène ses enfants. Pour un Paris-Marseille, cet été, Stéphane a déboursé 1,5€. En première. Il a choisi sa place, « dans le sens de la marche et dans la partie basse de la voiture, car le haut bouge un peu trop et me donne la nausée », témoigne-t-il. Cadre de la SNCF, Stéphane bénéficie d’une carte qui lui permet de voyager en première classe en ne payant que le prix de la réservation, 1,50€ en période creuse, 8,60€ pendant les heures pleines, 18€ pour une couchette. Lorsque le train ne nécessite pas de réservation, le trajet est gratuit.
Carmillon. Romane (ce n’est pas son prénom non plus) est salariée de la SNCF dans une ville de la moitié nord de la France. Elle utilise régulièrement l’avantage que lui confère son employeur, aussi bien pour se rendre chez ses parents, qui vivent à plusieurs centaines de kilomètres, que pour retrouver des amis. Comme Stéphane, elle ne paie que la réservation, de 1,50€ à 18€ selon les trains, mais en seconde. Et grâce à la carte Carmillon, octroyée à chaque cheminot, elle dispose également de huit « dispenses de réservation » par an, qui lui permettent de voyager gratuitement.
Chères familles. Les avantages en nature ne bénéficient pas seulement aux quelque 150000 salariés de la SNCF, mais également à leurs familles. Les conjoints et pacsés, comme les enfants mineurs des cheminots, ainsi que les majeurs le temps de leurs études, ne paient que 10% de leurs billets. Les parents et grands-parents du cheminot, mais aussi les parents et grands-parents du conjoint ou pacsé bénéficient pour leur part de quatre voyages gratuits par an qui, en pratique, correspondent donc à deux aller-retours.
Stéphane et Romane – qui ne se connaissent pas – expliquent volontiers la genèse de ces avantages. « Nous acceptons de travailler loin de chez nous. Le contrat de travail comporte une ‘clause de mobilité’ qui nous oblige à accepter une mutation dans n’importe quelle région de France », indique Romane. Les tarifs avantageux ont été institués dès la fondation de la compagnie ferroviaire, dans les années 1930, de façon à atténuer les effets de l’éloignement. Aujourd’hui, reconnaît la jeune femme, les mutations lointaines et arbitraires sont devenues plus rares. « Autrefois, les cheminots bougeaient plus qu’aujourd’hui. Mais avec l’ouverture du marché ferroviaire à la concurrence, on peut s’attendre à de nouvelles mutations », poursuit la salariée.
Fantasmes. Les deux cheminots, le cadre et l’exécutante, ont accepté de parler de ces avantages alors que la plupart de leurs collègues, pas plus que les syndicats, rechignent à aborder ce sujet. Malgré les risques qu’ils encourent (ils n’ont pas le droit de parler aux journalistes), Romane et Stéphane souhaitent »mettre fin aux fantasmes qui circulent ». Non, assurent-ils, « la prime de charbon n’existe pas ». Cet avantage en nature était conféré avant 1974 aux chauffeurs de train qui passaient leur journée à recharger les machines à vapeur. Non, les cheminots ne bénéficient pas d’une « prime d’absence de prime », dont la description circule sur certains mails que l’on s’envoie complaisamment les jours de grève.
En outre, ajoutent, en utilisant presque les mêmes mots, les deux salariés, « la plupart des cheminots n’utilisent pas les avantages qui leur sont conférés ». Si Romane est une adepte des week-ends passés à l’autre bout de la France, Stéphane se montre beaucoup plus casanier. « L’un de mes collègues ne se déplace qu’en voiture, même pour partir en vacances en famille, alors qu’il pourrait faire des économies appréciables », lâche Romane. Pour les deux cheminots, ces voyages quasiment gratuits s’apparentent à tous les avantages dont bénéficient les salariés d’une entreprise, privée ou publique. Et de citer, pêle-mêle, les billets d’avion à prix préférentiels du personnel aérien (et qu’Air France est en train de remettre en cause), les longues vacances des enseignants, les avantages fiscaux des journalistes… « Nous n’avons aucun autre avantage, et notamment pas de mutuelle », dit Stéphane. Sa collègue n’est pas tout à fait d’accord. « Nous avons une sécurité sociale particulière et une caisse de retraite séparée, qui n’est pas forcément plus avantageuse mais qui génère pas mal de fantasmes », précise Romane.
En cette fin décembre, pour rejoindre sa famille, Romane va utiliser son « privilège ». Mais, aucun voyageur ne peut l’ignorer, la veille de la grande fête chrétienne, les trains sont complets. La cheminote n’est pas parvenue à trouver un billet en seconde. Elle a dû se procurer une première, dont le tarif est, pour les non-cadres, fixé au kilomètre. Au lieu d’un aller à 1,50€, Romane débourse un peu plus de 60€. « Mais c’est du vol ! », s’exclame-t-on pour se moquer d’elle. La cheminote sourit, puis précise qu’elle sera, comme à chacun de ses voyages, « volontaire à bord ». En cas de retard, elle enfilera un brassard et aidera son collègue contrôleur à répondre aux questions des passagers. (…)
Sources from Olivier Razemon
A lire également sur ce blog : « Les petits secrets de la RATP révélés au public« 
Et « L’autoroute la plus chère de France reste vide« 
Notes d’Administrateur : il est vrai que les agents de la SNCF et de la RATP ont de nombreux avantages qui aujourd’hui ne sont plus tous justifiés et qu’il faut remettre en cause. Que les membres du Gouvernement,  nos politiciens, nos élus donnent également l’exemple car je ne crois pas qu’il faille jouer à ce petit jeu d’opposer sans cesse les Français…

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