France : La solidarité couleur café (suspendu)

18 Jan
Initiative venue de Naples, le « café suspendu » (offert à qui ne peut se le payer), prend de l’ampleur en France et s’étend aujourd’hui à d’autres biens de consommation. Popularisé par les réseaux sociaux, cet élan de solidarité est encouragé par le gouvernement.
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Le café suspendu, tradition napolitaine, est désormais présent sur certains comptoirs français.
(William Plummer / Monde Académie)

Boulanger à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Didier Lopez ajoute sur son tableau noir un autocollant en forme de cœur, synonyme d’un « café suspendu » ou d’une « baguette en attente » généreusement laissée par ses clients. Le principe est simple : un client commande et paye deux cafés mais n’en consomme qu’un. Le second, dit « suspendu », est laissé en attente pour une personne dans le besoin qui en fera la demande. Idem pour la baguette. Il est presque 15 heures et déjà plus d’une vingtaine de cœurs s’enchevêtrent sur le tableau de la solidarité de Didier Lopez.
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La « banque en attente » de Didier Lopez dans sa boulangerie (Didoos, Boulogne-Billancourt).
(William Plummer / Monde Académie)

Une tradition napolitaine en pleine expansion
L’idée serait née dans un bar de Naples après la seconde guerre mondiale, par une « froide journée d’hiver ». Dans cette ville pauvre du sud de l’Italie, un client aurait décidé d’offrir un « caffè sospeso », à celui qui n’aurait pas les moyens de s’en payer un. Le concept s’est ensuite répandu peu à peu dans le reste de l’Europe. En France, la pratique est apparue au printemps 2013 à la suite d’une publication sur la page Facebook des Indignés de France suggérant de développer cette pratique solidaire. L’information a rapidement été relayée par les réseaux sociaux. Aujourd’hui, même si le chiffre reste approximatif, près de 400 commerçants français participant à ce projet sont répertoriés sur le site de CoffeeFunders.
Du café suspendu à la baguette en attente
Didier Lopez est l’un des premiers à avoir adhéré à l’idée en Ile-de-France : « Quand j’ai entendu parler des cafés suspendus,  je me suis dit qu’on pouvait aussi bien appliquer ce principe à la baguette qui est un produit peu cher. » Après quelques recherches sur Internet, ce gérant de boulangerie s’est aperçu qu’une page Facebook existait déjà, répertoriant les boulangers participant à l’opération en province.
Chez lui, « au moins une vingtaine de personnes payent chaque jour un café suspendu ou une baguette en attente », indique Didier Lopez, heureux de pouvoir distribuer ces dons anonymes. « L’idée pourrait s’étendre à beaucoup d’autres commerces, comme les maraîchers avec la banane ou la pomme suspendue par exemple », ajoute-t-il.
Jean-Manuel Prime, fonctionnaire, est à l’initiative de la page « Une baguette en attente », qui compte plus de 5 000 abonnés : « En France, le pain a une symbolique très forte, j’ai donc transposé le concept du café en attente », explique-il. Jean-Manuel Prime a tout d’abord pris contact avec deux boulangers du Puy-de-Dôme, son département, à Olliergues et Chambon-sur-Lac, qui ont été séduits par l’idée. Le projet s’est peu à peu fait connaître grâce aux médias. Depuis quelques semaines, cette action solidaire a pris une nouvelle envergure. « Je suis contacté par des particuliers et des boulangers de toute le France qui souhaitent qu’on leur explique le concept, la mise en place et qu’on leur fournisse aussi les affiches et le logo », dit Jean-Manuel Prime.
. « Au début, j’avais du mal à demander, j’étais un peu honteux »
Ex-enseignant sportif de 37 ans aujourd’hui au chômage, Daniel, qui tient à garder l’anonymat, a entendu parler des cafés suspendus à la radio et trouve ces initiatives très appréciables, surtout avec l’arrivée du froid : « Depuis la perte de mon emploi, j’ai du mal à boucler mes fins de mois. Le fait qu’un anonyme laisse pour une personne dans le besoin un café ou une baguette met du baume au cœur dans ces moments difficiles. » Accepter ces dons n’a pas été chose aisée. « Au début, j’avais du mal à demander, j’étais un peu honteux, raconte-t-il. Maintenant, les commerçants me connaissent, c’est plus facile ».
Pour Françoise, habituée à laisser un café suspendu, ce geste fait du bien : « Ce n’est pas grand chose mais je sais que ça fera plaisir à une personne dans le besoin et ça reste dans mes moyens. » Sur Internet, la communauté augmente jour après jour ; plus de 12 000 personnes sont abonnées aux deux pages françaises « café suspendu » et « une baguette en attente ».
Ces différentes pratiques se multiplient aux quatre coins de la planète. Les Belges et les Mexicains ont respectivement adopté les frites et les tacos en attente, tandis que les Italiens se lançaient dans la pizza suspendue. De grandes chaînes alimentaires y adhèrent également, comme le Starbucks Coffee qui s’est engagé pour chaque café suspendu commandé à reverser la somme correspondante à l’association caritative Oasis Charity.
Les autorités en soutien
Suivant de près l’opération, la ministre déléguée en charge des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, Marie-Arlette Carlotti, s’enthousiasme de cette solidarité : « La lutte contre l’exclusion, c’est aussi faire changer les mentalités en encourageant la solidarité et la générosité. Il est bon que les commerçants et les citoyens participent à des actions solidaires et spontanées. » La ministre dit œuvrer afin d’accroître la visibilité des commerçants participants et de mieux faire connaître ces opérations. (…)
Sources from William Plummer (Monde Académie)

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