Mauritanie : tu ne blasphémeras point

12 Jan
Un court instant, le texte de Mohamed Cheikh Ould Mohamed M’Kheitir, est apparu sur des sites Internet avant d’être prestement retiré. Trop tard : accusé d’apostasie, le jeune homme de 28 ans, interpellé le 2 janvier à Nouadhibou, la deuxième ville du pays située au nord-ouest dont il est originaire et placé en détention, encourt en théorie la peine de mort s’il ne se repent pas devant le juge. Une première dans cette République islamique d’à peine plus de 3 millions d’habitants où, jusqu’ici, aucun écrit jugé blasphématoire contre le Prophète n’avait été publié.
Calculée ou non, la mise sous mandat de dépôt de Mohamed M’Kheitir, le soustrait du moins à la vindicte d’une partie de la population. Le 7 janvier, à Nouakchott, des manifestants, quoique en nombre limité, ont à nouveau défilé pour réclamer la peine capitale contre l’auteur du texte incriminé, employé d’une société minière aussitôt licencié.
Dans sa tribune, rédigée en arabe, Mohamed M’Kheitir, critiquait les décisions prises lors de la conquête de La Mecque au cours de laquelle, soulignait-il, « les mécréants arabes qui combattaient l’islam ont été graciés parce qu’ils étaient des proches parents du Prophète et de ses compagnons, contrairement aux juifs qui étaient exécutés pour avoir seulement comploté contre le Prophète ».  Il accusait également la société mauritanienne d’avoir perpétué « un ordre social inique hérité de cette époque » avec la « marginalisation au nom de l’islam » de certains catégories sociales telles que les « Moualamines (forgerons), les descendants d’esclaves et les griots ».
Sitôt après, les esprits se sont échauffés sur Internet. Même la Commission nationale des droits de l’homme mauritanienne (CNDH) a fait part de sa « consternation » pour ces écrits jugés « blasphématoires, vexatoires et provocateurs » et « hérétiques ». Dans un communiqué rendu publique jeudi 9 janvier et signé de sa présidente, Irabiha Zbdel Wedoud, l’organisation rappelle que « tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours », faute de quoi, « il est condamné à mort en tant qu’apostat et ses biens seront confisqués au profit du Trésor ». « S’il se repent avant l’exécution de cette sentence, poursuit la CNDH, le parquet saisira la Cour suprême, à l’effet de sa réhabilitation dans tous ses droits. »  Bien que régie par la Charia, la Mauritanie n’applique cependant plus la peine de mort, pas plus que les flagellations, depuis les années 1980.
Des partis ont également fait part de leur indignation alors qu’un nouveau gouvernement doit se mettre en place après les élections législatives et municipales de décembre 2013, à l’issue desquelles le parti islamiste Tawassoul, membre des Frères musulmans, et dont c’était la première participation à un scrutin, s’est imposé comme la deuxième force politique du pays.
Le cas de Mohamed M’Kheitir n’est pas isolé dans le Maghreb. En Tunisie, Jabeur Mjeri, 29 ans, condamné en 2012 à sept ans et demi de prison pour avoir publié sur Internet des caricatures du prophète, croupit toujours derrière les barreaux. (…)
Sources from Isabelle Mandraud

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