France : Pas de trêve hivernale pour les squatteurs

29 Déc
illustration squat

Dessin: Guillaume Duchemin (Monde Académie).

Mercredi 25 décembre, l’association pour le Droit au logement (le DAL) organisait son traditionnel « Noël des mal-logés » à quelques pas du ministère de l’intérieur. L’occasion de réclamer l’application de la trêve hivernale aux squats, un régime institué en 1958 qui interdit les expulsions du 1er novembre au 31 mars, et dont les squatteurs, occupants illégaux, ne bénéficient pas.
Les évacuations d’immeubles squattés ou le démantèlement de camps roms – également exclus de la trêve hivernale – se poursuivent donc cet hiver, et ce quelle que soit la température affichée par le thermomètre. Le 6 décembre, c’est le plus grand squat de Paris intra-muros qui était vidé par les forces de l’ordre, sans qu’aucune solution véritable de relogement ne soit proposée à ses habitants.
Plus de 170 personnes occupaient ainsi, rue de la Mouzaïa (XIXarrondissement), une immense bâtisse de 7 000 m2, propriété de l’Etat, rebaptisée le « BLOC ». Des artistes, des migrants, des visiteurs, mais aussi des sans-logis, envoyés par le 115 ou l’Armée du Salut, débordés et saturés en cette période de l’année.
Un lieu hautement structuré
L’expulsion est vécue comme un gâchis par ses anciens habitants. « Ce lieu accueillait des dizaines de personnes perdues émotionnellement », expliquait au moment de l’évacuation Vincent, le président de l’association qui gérait les lieux. Des anciens détenus, des anciens SDF, marginalisés et désocialisés, qui retrouvaient dans ce squat un lien, un sentiment de vivre ensemble. « Seuls, même dans un appartement, ils meurent. »
S’il est occupé illégalement, un squat de cette taille n’en est pas moins hautement structuré. Au BLOC, pour « Bâtiment Libre Occupé Citoyennement », chaque étage était dirigé par un responsable allouant les salles aux nouveaux venus. Une cotisation de 60 euros par mois était demandée aux habitants et dédiée presque exclusivement aux frais de justice. Une procédure d’expulsion étant généralement lancée par le propriétaire dans les jours suivant « l’ouverture » d’un nouveau bâtiment, la durée de vie d’un squat devient tributaire d’un véritable feuilleton judiciaire, fait de renvois, de jugements, d’appels et de visites d’huissiers.
La sécurité constitue souvent le principal défi à relever pour les nouveaux responsables du lieu. « Après le jugement d’expulsion, nous n’étions plus en mesure d’assurer la sécurité », admet Vincent, qui reproche à l’Etat d’avoir créé un climat délétère, en ne donnant pas de date précise et en choisissant plutôt de laisser planer la menace d’une intervention à tout moment.
« Certains voulaient seulement organiser des raves »
Trois semaines durant – et particulièrement la nuit précédent l’évacuation – les locaux ont subit des dégradations, rendant le lieu méconnaissable aux yeux des habitués. Tout un public qui a connu, aux heures fastes du BLOC, les multiples évènements artistiques, la friperie, les galeries d’expositions, les salles de concerts, les sessions jam dominicales.
« Il faut y voir l’expression du désespoir des personnes qui sont dans l’exclusion », défend Robert Bianco-Levrin, coordinateur de la mission squat de Médecins du Monde. L’ONG tenait toutes les semaines une permanence au rez-de-chaussée de l’immeuble. « Même sous le seuil de pauvreté on arrive à faire des choses. Au BLOC, énormément de gens ont été soignés, on a permis à des pères célibataires d’avoir leurs enfants avec eux », explique-t-il.
Pour d’autres, le projet artistique n’a pas été assez défendu. « On avait un bâtiment hyper confort et salubre. Il aurait fallu plus d’ateliers, moins d’habitations », estime Léa, étudiante en philosophie, qui y résidait parce qu’elle en avait « assez de consacrer ses soirées à gagner juste de quoi payer son loyer. »
Beaucoup de résidents du BLOC espéraient le même destin que des squats d’artistes comme le 59 Rivoli ou le 6b à Saint-Denis, désormais conventionnés. D’autant que le bâtiment, ancien siège de la DDASS en Île-de-France, ne devrait pas connaître de réhabilitation avant 2018. « Certains s’en foutaient de la convention, ils voulaient seulement organiser des raves », raconte Léa, déçue. Des fêtes à l’origine des multiples plaintes du voisinage, lesquelles ont motivé l’avis d’expulsion rendu lors du jugement.
Squatter l’espace politique
« On rend ce bâtiment mais on en ouvrira d’autres » confiait Vincent au cours des longues heures d’attente précédent l’arrivée des CRS. Selon la préfecture de Police, l’évacuation s’est déroulée dans le calme, l’association ayant respecté le commandement de quitter les lieux. « On rend le bâtiment citoyennement, ajoutait M. Bianco-Levrin, tout en promettant d’autres actions. On va squatter l’espace politique et revendiquer : plus personne dans les rues, pas d’exclusion hivernale et un vrai relogement des personnes. »
Le DAL, la Fondation Abbé-Pierre et Médecins du Monde se mobilisent désormais pour influer sur le projet de loi pour l’Accès au logement et un urbanisme rénové (Alur) de Cécile Duflot. Une manifestation est prévue lors de l’examen du texte en deuxième lecture à l’Assemblée, le 14 janvier, afin de rappeler à l’opinion et aux députés le sort des squatteurs, et plus généralement celui des mal-logés. (…)
Sources from Adrien Barbier pour Monde Académie

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