France : Rémunération des élèves normaliens, un gâchis?

8 Fév
La réduction des dépenses publiques est une des priorités du gouvernement en 2013. 10 milliards d’euros d’économies devront être dégagés sur le budget de l’État : il n’y a pas de « petite économie » à réaliser en période de crise. Cependant, certains secteurs sont épargnés, comme l’enseignement supérieur qui voit son budget augmenter (+2,2%). Une bonne initiative, lorsqu’on sait qu’un quart des universités françaises a terminé l’année 2012 avec une trésorerie négative. Aussi, c’est précisément parce que le contexte économique est tendu que les privilèges de certaines « grandes écoles » apparaissent comme choquants aux yeux de nombreux Français : en cause notamment, la rémunération conséquente des élèves normaliens qui n’a plus de raison de perdurer en l’état.
De moins en moins nombreux à passer l’agrégation.
Les normaliens acquièrent le statut « d’élève fonctionnaire stagiaire » suite à un recrutement sur concours. Ils s’engagent ainsi à rester au service de l’Etat pour 10 ans en échange de quoi ce dernier leur assure un salaire mensuel dès leur entrée dans l’école. Les étudiants sont donc payés environ 1300 euros nets par mois, en plus de la sécurité de l’emploi dont ils bénéficient comme fonctionnaires. Une somme conséquente lorsqu’on sait que 930 normaliens, d’après les chiffres de l’ENS, en profitent chaque année, ce qui coûte donc plus de 14 millions d’euros par an à l’Etat. Toutefois, ce double luxe n’est pas « gratuit » : il est censé permettre à la fonction publique de garder des individus brillants dans l’enseignement, puisque la mission première des ENS est de les préparer à l’agrégation. La rémunération correspond donc d’abord à ce « contrat tacite » passé entre l’élève et l’Etat.
A l’origine de ce statut particulier, une impasse : les secteurs de l’enseignement et de la recherche peinent à susciter de nouvelles vocations; l’incitation financière serait par conséquent un moyen efficace d’y remédier. Cependant, le net recul des candidatures à l’agrégation indique précisément que la rémunération ne produit pas l’effet attendu : en 2005, 138 élèves de l’ENS Ulm (Paris) se sont présentés à l’agrégation ; en 2011 ils n’étaient que 34.
Un manque de suivi pointé par la Cour des Comptes.
De fait, si le contrat « implicite » de l’agrégation n’est plus respecté, qu’en est-il du contrat réel de l’engagement décennal ?
Dans de nombreuses classes préparatoires se répand l’idée selon laquelle il serait possible d’entrer dans le privé après un master à l’ENS : « y a jamais de contrôle, tout le monde le sait » affirme ainsi un étudiant de maths sup au lycée Condorcet. Une rumeur fondée, à en croire un rapport 2012 de la Cour des Comptes sur les Ecoles Normales, qui pointe précisément ces négligences : « Le suivi des élèves après leur sortie de l’école est lacunaire dans toutes les ENS. (…) Ce défaut de suivi rend en outre, impossible le contrôle de l’obligation décennale selon laquelle les élèves doivent servir l’Etat ou une collectivité publique pendant dix ans en contrepartie de la rémunération qu’ils perçoivent. »
Très peu d’élèves, même lorsqu’ils sont démissionnaires et le signalent, font donc l’objet d’une procédure de remboursement.
Lire aussi : Normale-Sup : le prix du pantouflage
Des étudiants socialement favorisés.
Dans le contexte actuel de précarité des jeunes, la rémunération des normaliens pourrait éventuellement se justifier si elle était une sorte de « bourse au mérite » pour aider des étudiants les plus brillants à poursuivre leurs études dans de bonnes conditions. Ce n’est pas le cas.
Selon les statistiques de l’éducation nationale, seuls 2,5% des étudiants à l’ENS ont des parents ouvriers, un des taux les plus bas avec celui des étudiants en école de commerce (2,2%). A l’inverse, 55,9% des normaliens ont des parents de la catégorie des « cadres et professions intellectuelles supérieures », un record selon les chiffres du ministère de l’enseignement supérieur. De fait, après un rapide sondage effectué rue d’Ulm, beaucoup d’entre eux le reconnaissent : « on n’en n’a pas besoin, c’est de l’argent de poche. »
Ce « salaire » apparaît donc comme injustifié à bien des égards. Dans son rapport, la Cour des Comptes préconise d’ailleurs une réflexion de fond sur le sujet, proposant notamment que les élèves puissent choisir leur statut en fonction de leur vocation ; la mise en place d’un contrat pré-doctoral sans engagement décennal pour ceux qui ne souhaitent pas poursuivre dans l’enseignement ou la recherche est ainsi évoquée.  Face à la diversité de débouchés qui s’offrent à ces étudiants, l’uniformité du modèle de rémunération est tout simplement inexplicable dans le contexte économique actuel. (…)
Lu sur le web

10 Réponses to “France : Rémunération des élèves normaliens, un gâchis?”

  1. Toto 11 juin 2014 à 10:48 #

    Pas très bien renseigné l’article : « Les étudiants sont donc payés environ 1300 euros nets par mois, en plus de la sécurité de l’emploi dont ils bénéficient comme fonctionnaires. ». Pas fonctionnaire mais fonctionnaire stagiaire. En gros c’est un CDD de 4 ans, depuis quand on a la sécurité de l’emploi quand on est en CDD ?

    • Hiiri 10 novembre 2014 à 11:17 #

      Sans compter que si l’on ne donne pas les résultats de réussite escomptés (supérieur à ceux de la fac pour mon secteur) ont perd notre solde durant 1 ans voir on est viré ! Alors niveau sécurité on a fait mieux !

  2. Marty 19 juin 2014 à 06:50 #

    Un article totalement erroné, laissant transparaitre un partie pris et un désire égalitariste, ma foi écoeurant. ..
    Un article sans aucune valeur donc.

  3. I.S 13 août 2014 à 02:58 #

    Personnellement, je rentre à l’ens cette année donc ne peux être objectif moi-même, mais il faut effectivement dire que certains points sont totalement erronés. Déjà, les chiffres sont seulement ceux d’ulm et pas des quatres ens cumulées, ce qui change nettement certains points. Ensuite, il s’agit bien en partie de pouvoir suivre nos études dans les merilleures conditions: il faut préciser qu’une des clauses est de ne cumuler ce salaire avec aucun autre emploi afin d’être uniquement concentré sur notre travail d’étudiant. Et pour ma part, je n’aurais certainement pas pu suivre ces études sans le salaire étant donné que je n’ai aucune autre source de revenu (non, mon salaire n’est pas mon argent de poche. D’ailleurs, l’argent de poche n’est par définition soumis à aucun travail…). Faux encore de dire qu’il y a « uniformité du modèle de rémunération », puisqu’il est possible d’étudier à l’ens sans le statut de normalien et le salaire qui l’accompagne. Et fallacieux les chiffres sur l’agrégation, car ils ne prennent pas en compte les élèves qui passe en doctorat sans agrégation mais se destine bien pour la plupart aux métiers de la recherche. Enfin, je rappellerai que malgré les salaires et la formation « d’excellence » l’ens continue de dépenser bien moins d’argent par élèves que certaines écoles (notamment des mines). Et qu’elle est aussi réputée (en sciences) pour être une des seules écoles post-CPGE où les élèves continuent de travailler après la prépa….

  4. Synvhiel 19 octobre 2014 à 07:54 #

    Cet article est loin d’être complet, ni même bien renseigné…
    Je rejoins la remarque de Toto, les élèves normaliens n’ont pas de sécurité de l’emploi, ils s’engagent à travailler 10 ans pour l’état sans qu’ils aient de poste réservé à la sortie de l’école et doivent réussir, comme tous les autres, un concours de recrutement de la fonction publique pour accéder à un poste de fonctionnaire et ainsi respecter son engagement…
    Par ailleurs, les écoles normales ont pour mission de former à l’enseignement (via la préparation aux concours de l’agrégation) mais également à la recherche. La baisse de l’engouement des élèves normaliens pour les concours de l’agrégation ne montre donc en rien un échec de la politique d’incitation par le salaire, simplement une redirection des élèves vers la recherche et l’enseignement supérieur, plus que vers l’enseignement dans le secondaire (ce pour quoi l’agrégation existe).
    Pour finir, les écoles normales sont les grandes écoles d' »ingénieur » qui possèdent le plus fort taux de boursiers (30% contre 12% en moyenne dans les écoles d’ingénieur classiques et encore moins dans les écoles de commerce), montrant bien que, loin d’être totalement efficace, ce système est un des meilleur actuel pour lutter contre la reproduction sociale et apporter aux élèves de milieux modestes une possibilité de faire des études supérieures subventionnées par l’état.

  5. Adrien 20 novembre 2014 à 11:15 #

    Et depuis quand ne pas passer l’agrégation est-il un drame ? On n’en a simplement pas besoin pour faire de la recherche. Faut-il rappeler qu’il est là le vrai contrat implicite des normaliens ? La recherche. Pas l’enseignement, et donc pas l’agrég.
    Par ailleurs depuis quand ne rembourse-t-on pas la « pantoufle » (c’est le terme de l’X ça, qu’eux ne sont d’ailleurs pas tenu de rembourser) ?
    Cette histoire de « cadres et profession intellectuelles supérieures », c’est très bien, mais ça englobe aussi les profs de collège/lycée entre autres.
    Pour ce qui est de la sécurité de l’emploi quelqu’un juste au-dessus en a déjà parlé. Mais n’oubliez pas de plus que les normaliens sont des étudiants avant tout. S’ils se plantent, on les vire.

  6. Morebz 24 mai 2015 à 14:00 #

    J’ai rarement lu un article aussi puant de malhonnêteté.

    Il y a certainement de bons arguments contre la rémunération des normaliens, mais aucun n’a été développé ici.

    Premièrement, l’agrégation est un très mauvais indicateur pour estimer de nombre de normaliens qui honorent leur engagement : l’objectif premier des ENS n’est plus seulement, comme il a pu l’être par le passé, de former des enseignants du secondaire mais surtout du supérieur ainsi que des chercheurs (même si ça reste les meilleurs prépas agreg de France et donc du monde, et que nombre d’agrégés y sont passés). C’est pourquoi le passage de l’agrégation est devenu optionnel dans beaucoup de cursus de normaliens, c’est au mieux un petit plus sur le CV et au pire une année gâchée que de passer un concours de recrutement des professeurs de Lycée quand on veut devenir maître de conf. Nombre sont ceux – même parmi ceux qui la passent – qui ne la mettrons jamais vraiment à profit. Dans des sections littéraires, il est souvent encore obligatoire de passer un concours de fonctionnaire de catégorie A+ (agrégation, ENA, et autres hauts fonctionnaires).

    Quand on regarde les statistiques des débouchés, je ne connais pas les détails pour toutes les formations, mais en physique par exemple, quand on prend toutes les professions du secteur public (chercheurs, enseignants, et ingénieurs du civil pour les plus importants), on arrive tous les ans dans les 80-90%. Pour les autres, il doit bien y avoir quelques fraudes mais surtout beaucoup de pantoufles, et c’est un mensonge de dire qu’il n’y a aucun contrôle, la CDC y veille, justement.

    Et ça ressemble franchement à une bourse au mérite ; c’est surtout que ça n’est pas du tout une bourse sur critères sociaux. Les inégalités sociologiques existent et sont même fortes, mais elles se font mécaniquement en amont (systèmes prépa) et ce n’est pas faute d’essayer d’y remédier. Il y a les CPES (prépas intégrées à l’école qui recrutent sur critères sociaux), et les second concours (pour les étudiants de fac) qui sont en train de se développer. De toute manière, ce ne sont pas non plus des csp extrêmement aisées qui font la majorité (on les retrouve plutôt à HEC, à ma connaissance), mais plutôt la classe moyenne-classe moyenne supérieure formée par des familles de chercheurs, profs, professions libérales etc. Dans ce cadre, certains le voient peut-être comme de l’argent de poche, mais tous ceux à qui j’en ai parlé le voyait plutôt comme un moyen de devenir indépendants avant la fin de leurs (longues) études.

    Bref, un article puant l’anti-élitisme primaire qui n’a pas pris la peine de se renseigner avant de se lancer dans un discours quasi-outrancier sous un titre dont le point d’interrogation laissait présager un minimum de débat.

  7. Mika 5 juin 2015 à 13:45 #

    Il s’agit d’une rémunération BRUTE de 1.494,30 €/mois et non pas nette. Les éleves sont fonctionnaires stagiaires et pas du tout titulaires, ils peuvent être au chômage au bout des 4 années de scolarité.

  8. Alice A. 4 septembre 2015 à 23:19 #

    Vos chiffres sont complètement stupides et rendent tout votre raisonnement absurde : vous prenez l’année 2011 comme point de comparaison avec l’année 2005 pour prouver une soi-disant baisse des candidats des ENS se présentant à l’agrégation. Or l’année 2011 est l’année où s’est appliquée la réforme de la masterisation (l’obligation pour les candidats aux concours d’être titulaires d’un M2, et non plus seulement d’un M1) : l’année 2011 a donc créé un effet temporaire de creux, puisque tous les étudiants titulaires d’un M1 ont dû reporter leur passage de l’agrégation pour obtenir un M2. Prenez les chiffres des années 2012 et 2013, ils seront identiques à ceux de l’année 2005.

  9. Anonymous 13 janvier 2016 à 21:33 #

    Bon cet article m’a fait rire. Etant CPGE en MP j’peux vous dire qu’avoir l’ENS c’est très compliqué et ça demande beaucoup d’envie et de sacrifice (oui il faut être dans les 30 meilleurs sur 12 000 sachant que 7000 élèves sont bons et travaillent beaucoup) L’argent est une motivation pour avoir l’ENS il ne faut pas oublier que la plupart des normaliens finissent prof, un métier pas très bien rémunéré en France. L’argent versé aux élèves de l’ENS est TOTALEMENT justifié. Je respecte les personnes ayant réussi à intégrer cette école et la personne qui a écrit l’article peut aller dormir et faire de beaux rêves.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :